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Abolir et tuer : même France ?

© Maroun BADR (PhD)

Docteur en bioéthique

Enseignant de droit civil, Faculté de Droit, UCO – Angers

Research Scholar at UNESCO Chair in Bioethics and Human Rights – Rome

Associate Researcher at Facultad de Bioética Universidad Anáhuac México

01/07/2026

📅 Le 30 juin 2026, deux événements se sont télescopés dans la République française.
🔘 À la Maison de la Radio, le Président participait au 9e Congrès mondial contre la peine de mort, 45 ans après son abolition.
🏛️ À l’Assemblée nationale, les députés adoptaient en troisième lecture la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, transmise le soir même au Sénat.

🙅🏻 Le paradoxe est saisissant.
⛓️ L’abolition de la peine de mort est la reconnaissance de la dignité humaine : une démocratie se mesure à sa capacité à préserver la dignité de chacun, y compris du pire des condamnés.
📃 Or la loi adoptée le même jour autorise l’administration d’une substance létale à une personne malade.
🆚 La même notion de dignité justifie deux thèses opposées, le même jour, en un même lieu.

🧑🏻‍⚖️ Le droit pénal protégerait mieux le meurtrier que le malade.
☠️ Un condamné à mort dispose d’un avocat, d’un procès et de multiples recours.
🤒 Une personne malade sollicitant l’aide à mourir n’a droit qu’à deux jours de réflexion et d’un contrôle a posteriori – c’est-à-dire, après son décès.

✍️ Dans son discours, le Président a cité Victor Hugo.
💬 Or Hugo, dans « Le Dernier Jour d’un Condamné », décrit l’attente de la mort comme une « chape de plomb froide qui assassine déjà une part de l’humanité ».
🔁 Relisez cette phrase en remplaçant « condamné » par « malade/personne vulnérable ».
🟰 Le même Hugo. La même horreur. Deux lois opposées.

🏛️ Rappelé au Congrès, Robert Badinter affirmait que la dignité s’applique à toute personne en vie, sans distinction.
▶️ Ériger la mort en réponse à la souffrance, c’est éliminer le souffrant plutôt que de le soulager.
▶️ L’irréversibilité : « On ne revient pas d’une exécution ».
▶️ On ne revient pas davantage d’une euthanasie.

📜 L’art. 2 de la Conv. EDH impose à l’État une obligation positive de protéger la vie, y compris contre la volonté de l’intéressé en contexte de vulnérabilité.
🇫🇷 La France invoque la Convention pour abolir la peine de mort, et l’ignore pour organiser la mort médicalement et juridiquement planifiée de ses citoyens.

🩺 La doctrine identifie une fiction du libre choix :
▶️ Une volonté exprimée dans la maladie peut difficilement être tenue pour pleinement libre et éclairée.

♿ Des instances onusiennes s’inquiètent que ce texte fragilise en réalité les personnes vulnérables au nom d’une liberté qui risque de se retourner contre les plus fragiles.

👨‍⚕️ La loi confie à un infirmier la possibilité d’administrer la substance létale, brouillant la frontière entre le soin et l’acte de donner la mort.

🔀 L’État français inscrit dans son bloc de constitutionnalité la protection de la dignité humaine (Cons. const., 27/07/1994).
❌ Il abolit la peine de mort. Il interdit la torture.
✅ Il vote une loi autorisant qu’un tiers administre volontairement la mort à un citoyen.

🎭 Ce n’est pas une politique.
▶️ C’est une antinomie normative.

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