© Maroun BADR (PhD)
Docteur en bioéthique
Enseignant de droit civil, Faculté de Droit, UCO – Angers
Research Scholar at UNESCO Chair in Bioethics and Human Rights – Rome
Associate Researcher at Facultad de Bioética Universidad Anáhuac México
29/06/2026
📅 Mercredi 24 juin 2026, en séance à l’Assemblée nationale, alors que la France connaissait une des journées les plus chaudes, le député Jean-François Rousset a déclaré :
« 𝘈𝘷𝘢𝘯ç𝘰𝘯𝘴 𝘴𝘶𝘳 𝘤𝘦 𝘵𝘦𝘹𝘵𝘦. 𝘊𝘦 𝘵𝘦𝘹𝘵𝘦 𝘭à, à 𝘭’𝘩𝘦𝘶𝘳𝘦 𝘢𝘤𝘵𝘶𝘦𝘭𝘭𝘦, 𝘪𝘭 𝘺 𝘢 𝘥𝘦𝘴 𝘨𝘦𝘯𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘦𝘯 𝘵𝘳𝘢𝘪𝘯 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘶𝘳𝘪𝘳 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯𝘦 𝘤𝘩𝘢𝘭𝘦𝘶𝘳 𝘵𝘰𝘳𝘳𝘪𝘥𝘦, 𝘣𝘰𝘯 𝘪𝘭 𝘧𝘢𝘶𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘢𝘪𝘥𝘦𝘳, 𝘥𝘰𝘯𝘤 𝘪𝘭 𝘧𝘢𝘶𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘢𝘪𝘥𝘦𝘳 à 𝘢𝘷𝘢𝘯𝘤𝘦𝘳 ».
⚠️ Cette phrase n’est pas une simple maladresse oratoire : elle révèle le détournement constitutif du texte.
📃 La PPL sur le prétendu « droit à mourir » se définit comme un droit exceptionnel, réservé aux personnes atteintes d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale, après expression d’une volonté libre, éclairée et persistante.
🔁 Invoquer la canicule pour « avancer » son adoption opère un glissement sémantique majeur : la détresse née d’une défaillance collective de prise en charge – absence de climatisation en EHPAD ou à l’hôpital, défaut de soins palliatifs – y devient indistinctement assimilée à une souffrance justifiant la mort administrée.
🧩 Le soin dû à la personne (hydratation, fraîcheur, accompagnement humain) se trouve purement et simplement substitué par l’expédient de sa suppression.
⚖️ Une loi présentée comme protectrice des plus vulnérables se retourne ainsi contre eux, érigée en réponse commode à la négligence institutionnelle plutôt qu’en ultime recours face à l’incurable.
𝐑𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥 !
D’autres éléments du dossier confirment cette dérive :
🏃 La précipitation dénoncée du calendrier parlementaire : « on ne vote pas sur la mort dans la précipitation ».
🩺 Le rappel constant des soignants : « donner la mort n’est pas un soin ».
♿ La critique validiste, partagée par l’ONU : cette loi protégerait moins la liberté des personnes malades que la société du coût de les accompagner.
🏥 Le rejet répété, malgré l’insistance de plusieurs parlementaires, de l’accès effectif préalable aux soins palliatifs avant tout recours à l’aide à mourir.
📊 Une adoption acquise uniquement à 53 % seulement des suffrages, après deux rejets successifs et nets du Sénat.
🌡️ Une France comptant, durant ces mêmes journées, des décès liés à la chaleur, faute d’équipements de protection adaptés dans les établissements pour personnes âgées.
🧑🏻⚖️ Le droit ne saurait légitimer un acte de mort comme réponse à un défaut d’organisation des soins, ni transformer l’urgence climatique en argument de procédure.
▶️ C’est précisément ce que cette phrase, prononcée dans l’hémicycle, donne à voir.
💡 Au-delà de l’intentio legislatoris (l’intention de l’auteur), le contexte de cette déclaration éclaire l’interprétation future de la norme et présage de graves dérives.