De la manipulation politico-religieuse et du silence complice
© Maroun BADR (PhD)
Docteur en bioéthique
Enseignant de droit civil, Faculté de Droit, UCO – Angers
Research Scholar at UNESCO Chair in Bioethics and Human Rights – Rome
Associate Researcher at Facultad de Bioética Universidad Anáhuac México
03/04/2026
Le récit de la Passion selon saint Jean (Jn 18, 1 – 19, 42) ne décrit pas seulement une injustice religieuse ou judiciaire : il met en lumière une 𝙢é𝙘𝙖𝙣𝙞𝙦𝙪𝙚 𝙨𝙤𝙘𝙞𝙖𝙡𝙚 plus profonde, où manipulation de l’opinion et silence collectif convergent vers la mise à mort d’un innocent.
Ce texte révèle une vérité dérangeante : 𝙡’𝙞𝙣𝙟𝙪𝙨𝙩𝙞𝙘𝙚 𝙩𝙧𝙞𝙤𝙢𝙥𝙝𝙚 𝙧𝙖𝙧𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙥𝙖𝙧 𝙡𝙖 𝙨𝙚𝙪𝙡𝙚 𝙫𝙞𝙤𝙡𝙚𝙣𝙘𝙚 𝙙𝙚𝙨 𝙥𝙪𝙞𝙨𝙨𝙖𝙣𝙩𝙨, 𝙢𝙖𝙞𝙨 𝙥𝙖𝙧 𝙡’𝙖𝙙𝙝é𝙨𝙞𝙤𝙣 — 𝙤𝙪 𝙡’𝙞𝙣𝙖𝙘𝙩𝙞𝙤𝙣 — 𝙙𝙪 𝙥𝙡𝙪𝙨 𝙜𝙧𝙖𝙣𝙙 𝙣𝙤𝙢𝙗𝙧𝙚. Trois dynamiques, en continuité logique, permettent d’éclairer ce lien. Et chacune résonne avec une acuité troublante dans le monde tel qu’il est aujourd’hui.
𝟏. 𝐋𝐚 𝐟𝐚𝐛𝐫𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐮𝐧 𝐫é𝐜𝐢𝐭 𝐪𝐮𝐢 𝐫𝐞𝐧𝐝 𝐥’𝐢𝐧𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞 𝐚𝐜𝐜𝐞𝐩𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞
▶️ Dans le procès de Jésus, les autorités construisent un 𝙙𝙞𝙨𝙘𝙤𝙪𝙧𝙨 𝙨𝙩𝙧𝙖𝙩é𝙜𝙞𝙦𝙪𝙚 : il serait un agitateur, un blasphémateur, un danger pour l’ordre public.
❌ La vérité importe peu ; seule compte une narration capable de susciter peur et rejet.
👥 La foule finit par reprendre ce récit, jusqu’à préférer Barabbas.
▶️ La manipulation ne contraint pas frontalement : elle oriente les perceptions, simplifie la réalité et désigne un coupable.
Cette mécanique n’a pas disparu. Elle s’est perfectionnée.
🕳️ Dans plusieurs régions du monde aujourd’hui, des populations civiles — femmes, enfants, vieillards — sont réduites dans les discours officiels à des « menaces », des « terroristes potentiels », des « obstacles à la paix ».
💣 Des bombardements sur des hôpitaux, des camps de réfugiés, des lieux où se reposent les gens qui ont quitté leurs habitations par déplacement forcé sont présentés comme des frappes « chirurgicales » contre des « cibles militaires ».
🕳️ 𝙇𝙚 𝙡𝙖𝙣𝙜𝙖𝙜𝙚 𝙖𝙨𝙚𝙥𝙩𝙞𝙨𝙚, 𝙚𝙪𝙥𝙝é𝙢𝙞𝙨𝙚, 𝙖𝙗𝙨𝙩𝙧𝙖𝙞𝙩. 𝙄𝙡 𝙧𝙚𝙣𝙙 𝙡𝙖 𝙨𝙤𝙪𝙛𝙛𝙧𝙖𝙣𝙘𝙚 𝙞𝙣𝙫𝙞𝙨𝙞𝙗𝙡𝙚 𝙖𝙫𝙖𝙣𝙩 𝙢ê𝙢𝙚 𝙦𝙪’𝙚𝙡𝙡𝙚 𝙨𝙤𝙞𝙩 𝙫𝙪𝙚.
▶️ Ailleurs, des régimes invoquent Dieu, la civilisation ou la survie nationale pour justifier des lois qui excluent, des murs qui séparent, des expulsions qui déshumanisent.
🙏🏻 La référence au sacré n’est plus une prière — elle est une arme rhétorique.
🤐 Elle sacralise l’inacceptable et ferme la bouche de ceux qui voudraient contester.
🛜 Sur les réseaux sociaux, des algorithmes amplifient ces récits fabriqués à une vitesse invraisemblable.
🕳️ En quelques heures, une image tronquée, une phrase sortie de son contexte, un mensonge répété devient vérité populaire.
🕳️ Le bourreau se présente en victime. La victime est transformée en coupable. Et la foule applaudit, comme elle applaudissait autrefois à la place de Pilate.
𝟐. 𝐋’𝐢𝐧𝐭é𝐫𝐢𝐨𝐫𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐧𝐞𝐮𝐭𝐫𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐜𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬
▶️ Face à cette narration dominante, 𝙗𝙚𝙖𝙪𝙘𝙤𝙪𝙥 𝙥𝙚𝙧ç𝙤𝙞𝙫𝙚𝙣𝙩 𝙡’𝙞𝙣𝙟𝙪𝙨𝙩𝙞𝙘𝙚 — 𝙢𝙖𝙞𝙨 𝙨𝙚 𝙩𝙖𝙞𝙨𝙚𝙣𝙩. Pilate lui-même reconnaît l’innocence de Jésus, sans agir en conséquence.
😱 La peur de perdre sa position, de troubler l’ordre ou d’affronter la pression collective paralyse la décision juste.
🤫 Le 𝙨𝙞𝙡𝙚𝙣𝙘𝙚 𝙙𝙚𝙫𝙞𝙚𝙣𝙩 𝙖𝙡𝙤𝙧𝙨 𝙪𝙣𝙚 𝙛𝙤𝙧𝙢𝙚 𝙙𝙚 𝙥𝙖𝙧𝙩𝙞𝙘𝙞𝙥𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙞𝙣𝙙𝙞𝙧𝙚𝙘𝙩𝙚 😶.
▶️ Regardons autour de nous.
⚖️ Des instances officielles, pourtant mandatées pour défendre les droits humains, s’abstiennent de voter, s’abstiennent de condamner, s’abstiennent de nommer.
🕳️ Non par ignorance — leurs rapports documentent tout — mais par calcul diplomatique, par peur de perdre des alliances, des marchés, des équilibres fragiles.
🕳️ 𝙇𝙚𝙪𝙧 𝙨𝙞𝙡𝙚𝙣𝙘𝙚 𝙣’𝙚𝙨𝙩 𝙥𝙖𝙨 𝙣𝙚𝙪𝙩𝙧𝙚 : il envoie un signal aux puissants que l’impunité est négociable.
📰 Des journalistes sont assassinés, emprisonnés, réduits au silence dans des pays où la presse dérangeait trop.
👀 Et les capitales qui se proclament défenseresses de la liberté d’expression détournent le regard.
▶️ Pilate se lave les mains. Il l’a toujours fait. Il le fait encore.
💉 Des citoyens ordinaires, eux, sont épuisés. Saturés d’images de guerre, anesthésiés par la répétition des mêmes horreurs, ils scrollent. Ils passent.
⏳ L’indignation dure le temps d’une story. 𝙇’𝙝𝙖𝙗𝙞𝙩𝙪𝙙𝙚 𝙧𝙚𝙢𝙥𝙡𝙖𝙘𝙚 𝙡’é𝙢𝙤𝙩𝙞𝙤𝙣.
Et 𝙘𝙚𝙩𝙩𝙚 𝙖𝙘𝙘𝙤𝙪𝙩𝙪𝙢𝙖𝙣𝙘𝙚 𝙚𝙨𝙩 𝙙é𝙟à, 𝙚𝙣 𝙚𝙡𝙡𝙚-𝙢ê𝙢𝙚, 𝙪𝙣𝙚 𝙫𝙞𝙘𝙩𝙤𝙞𝙧𝙚 𝙙𝙚 𝙡’𝙞𝙣𝙟𝙪𝙨𝙩𝙞𝙘𝙚 — peut-être sa plus grande victoire, parce qu’elle n’a besoin d’aucun bourreau pour s’accomplir.
𝟑. 𝐋𝐚 𝐛𝐚𝐧𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐫𝐨𝐠𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐯𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐢𝐧𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞 𝐣𝐮𝐬𝐪𝐮’à 𝐬𝐨𝐧 𝐚𝐜𝐜𝐨𝐦𝐩𝐥𝐢𝐬𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭
▶️ Le récit johannique montre une escalade : arrestation nocturne, interrogatoires biaisés, humiliation publique, condamnation.
🧑🏻💻 Chaque étape semble presque « logique » une fois la précédente acceptée.
🕳️ 𝙇’𝙞𝙣𝙟𝙪𝙨𝙩𝙞𝙘𝙚 𝙣𝙚 𝙨𝙪𝙧𝙜𝙞𝙩 𝙥𝙖𝙨 𝙙’𝙪𝙣 𝙘𝙤𝙪𝙥 ; 𝙚𝙡𝙡𝙚 𝙨’𝙞𝙣𝙨𝙩𝙖𝙡𝙡𝙚 𝙜𝙧𝙖𝙙𝙪𝙚𝙡𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩, 𝙟𝙪𝙨𝙦𝙪’à 𝙙𝙚𝙫𝙚𝙣𝙞𝙧 𝙞𝙧𝙧é𝙫𝙚𝙧𝙨𝙞𝙗𝙡𝙚.
▶️ Ce mécanisme est à l’œuvre, partout, en ce moment même.
🗓️ Des pouvoirs exceptionnels accordés « pour quelques semaines » durent depuis des années.
🛃 Des détentions « provisoires » se prolongent sans jugement ni procès équitable dans l’art de la règle juridique.
🌐 Des territoires « temporairement occupés » sont colonisés pierre après pierre, maison après maison, pendant que le monde s’habitue à la carte modifiée.
🔐 Des populations entières vivent sous blocus depuis si longtemps que 𝙡𝙖 𝙛𝙖𝙢𝙞𝙣𝙚 𝙚𝙩 𝙡𝙖 𝙢𝙖𝙡𝙖𝙙𝙞𝙚 𝙨𝙤𝙣𝙩 𝙙𝙚𝙫𝙚𝙣𝙪𝙚𝙨 𝙡𝙚 𝙙é𝙘𝙤𝙧 𝙤𝙧𝙙𝙞𝙣𝙖𝙞𝙧𝙚 𝙙𝙚 𝙡𝙚𝙪𝙧 𝙚𝙭𝙞𝙨𝙩𝙚𝙣𝙘𝙚 — 𝙣𝙤𝙣 𝙪𝙣 𝙨𝙘𝙖𝙣𝙙𝙖𝙡𝙚, 𝙢𝙖𝙞𝙨 𝙪𝙣 𝙛𝙖𝙞𝙩 𝙙𝙞𝙫𝙚𝙧𝙨.
👶🏻 Des enfants naissent et meurent dans des camps « provisoires » qui ont maintenant des décennies d’existence. On ne dit même plus « provisoire ». On ne dit plus rien.
🧑🏻✈️ Et quand un chef d’État, un général, un idéologue invoque la volonté divine, la destinée historique ou la légitime défense de la civilisation pour justifier des actes qui seraient qualifiés de crimes dans tout autre contexte, les foules acquiescent, les alliés se taisent, et les tribunaux internationaux peinent à se faire entendre.
🕳️ 𝙇𝙖 𝙗𝙖𝙣𝙖𝙡𝙞𝙨𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙚𝙨𝙩 𝙡𝙚 𝙨𝙩𝙖𝙙𝙚 𝙪𝙡𝙩𝙞𝙢𝙚 𝙙𝙚 𝙡𝙖 𝙢𝙖𝙣𝙞𝙥𝙪𝙡𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣 : 𝙡𝙤𝙧𝙨𝙦𝙪𝙚 𝙥𝙡𝙪𝙨 𝙥𝙚𝙧𝙨𝙤𝙣𝙣𝙚 𝙣𝙚 𝙨’é𝙩𝙤𝙣𝙣𝙚, 𝙡’𝙞𝙣𝙟𝙪𝙨𝙩𝙞𝙘𝙚 𝙚𝙨𝙩 𝙥𝙡𝙚𝙞𝙣𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙞𝙣𝙨𝙩𝙖𝙡𝙡é𝙚.
La Passion selon saint Jean dévoile une 𝙧𝙚𝙨𝙥𝙤𝙣𝙨𝙖𝙗𝙞𝙡𝙞𝙩é 𝙥𝙖𝙧𝙩𝙖𝙜é𝙚 : celle 𝙙𝙚𝙨 𝙥𝙪𝙞𝙨𝙨𝙖𝙣𝙩𝙨 𝙦𝙪𝙞 𝙢𝙖𝙣𝙞𝙥𝙪𝙡𝙚𝙣𝙩, 𝙢𝙖𝙞𝙨 𝙖𝙪𝙨𝙨𝙞 celle 𝙙𝙚𝙨 𝙩é𝙢𝙤𝙞𝙣𝙨 𝙦𝙪𝙞 𝙨𝙚 𝙩𝙖𝙞𝙨𝙚𝙣𝙩.
➕ La mise à mort de Jésus n’est pas seulement un événement du passé.
🪞 Elle est le 𝙢𝙞𝙧𝙤𝙞𝙧 𝙙’𝙪𝙣 𝙥𝙧é𝙨𝙚𝙣𝙩
🕳️ où 𝙡𝙖 𝙫é𝙧𝙞𝙩é 𝙚𝙨𝙩 𝙨𝙮𝙨𝙩é𝙢𝙖𝙩𝙞𝙦𝙪𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙙é𝙛𝙤𝙧𝙢é𝙚,
🕳️ où la 𝙥𝙚𝙪𝙧 𝙚𝙨𝙩 𝙢é𝙩𝙝𝙤𝙙𝙞𝙦𝙪𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙚𝙭𝙥𝙡𝙤𝙞𝙩é𝙚,
🕳️ où le 𝙨𝙞𝙡𝙚𝙣𝙘𝙚 𝙚𝙨𝙩 𝙨𝙤𝙘𝙞𝙖𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙧é𝙘𝙤𝙢𝙥𝙚𝙣𝙨é.
🫸🏻 𝙍𝙚𝙛𝙪𝙨𝙚𝙧 𝙘𝙚𝙩𝙩𝙚 𝙡𝙤𝙜𝙞𝙦𝙪𝙚 suppose :
➡️ une 𝙫𝙞𝙜𝙞𝙡𝙖𝙣𝙘𝙚 𝙘𝙧𝙞𝙩𝙞𝙦𝙪𝙚 face aux récits dominants, quelles que soient leur origine ou leur habillage — politique, religieux, médiatique ;
➡️ un 𝙘𝙤𝙪𝙧𝙖𝙜𝙚 𝙙𝙚 𝙥𝙖𝙧𝙤𝙡𝙚 contre la pression collective, même lorsque ce courage coûte quelque chose ;
➡️ une 𝙧é𝙨𝙞𝙨𝙩𝙖𝙣𝙘𝙚 𝙖𝙘𝙩𝙞𝙫𝙚 à l’habitude de l’injustice, au refus de se laisser anesthésier par la répétition.
✖️ Sans cela, la Passion ne serait qu’une vieille histoire. Or elle se rejoue, en ce moment, quelque part dans le monde. Et nous en sommes tous, d’une manière ou d’une autre, les contemporains — et les témoins.
☀️ Les fils et les filles de Lumière, de la Résurrection, ne peuvent que rayonner où l’obscurité couvre par son ombre, où le mal essaye de triompher du bien, où la dictature essaye d’étouffer la vérité.
La question n’est plus de savoir si le procès de Jésus était juste.
⁉️ 𝐋𝐚 𝐪𝐮𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐬𝐭 : 𝐐𝐮𝐞 𝐟𝐚𝐢𝐬𝐨𝐧𝐬-𝐧𝐨𝐮𝐬, 𝐧𝐨𝐮𝐬, 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢 ? 𝐃𝐮 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐨ù 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐨𝐧𝐬 𝐦𝐮𝐞𝐭𝐬, 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐩𝐞𝐫𝐝𝐨𝐧𝐬 𝐥𝐚 𝐛𝐨𝐮𝐬𝐬𝐨𝐥𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐦𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐜𝐞 𝐪𝐮’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐠𝐧𝐢𝐭é 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞.