Et le meurtrier... C’est l’infirmier !
© Maroun BADR (PhD)
Docteur en bioéthique
Enseignant de droit civil, Faculté de Droit, UCO – Angers
Research Scholar at UNESCO Chair in Bioethics and Human Rights – Rome
Associate Researcher at Facultad de Bioética Universidad Anáhuac México
24/06/2026
📃 Amendement n° 221 à l’art. 2 de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, adopté en troisième lecture : à l’alinéa 6, les mots « par un médecin ou » sont supprimés.
▶️ Autrement dit, lorsque la personne ne peut s’administrer elle-même la substance létale, SEUL l’infirmier pourra désormais y procéder. Le médecin, en revanche, est totalement dispensé.
🔍 L’exposé sommaire est très limpide : il s’agit, selon ses auteurs, d’éviter que le médecin ne viole le serment d’Hippocrate. Admettons.
▶️ Mais alors une question se pose immédiatement : l’infirmier n’est-il pas, lui aussi, tenu par des obligations déontologiques propres de soin et de non-malfaisance, inscrites au code de la santé publique ?
🩺 Voilà la démonstration par l’absurde : si l’acte litigieux heurte la conscience professionnelle du médecin, il heurte, par construction, celle de tout soignant.
▶️ Le législateur ne résout rien ; il déplace le problème éthique d’une profession vers une autre, sans jamais en assumer la nature.
💉 Pire : l’incohérence juridique. L’infirmier ne dispose d’aucun pouvoir de prescription, hors protocoles dérogatoires strictement encadrés (articles R. 4301-3, R. 4311-5-1 et R. 4311-7 du Code de la santé publique/CSP).
▶️ On lui refuse la capacité de prescrire un médicament courant, mais on lui confie l’acte le plus grave et le plus irréversible qui soit. Responsabilité maximale, autorité minimale.
🕊️ Or la mission légale de l’infirmier, fixée à l’article L. 4311-1 du CSP, à :
▶️ Dispenser des soins préventifs, curatifs, palliatifs et relationnels, d’assurer la surveillance clinique,
▶️ Accompagner la vie jusqu’à son terme naturel, non la précipiter,
▶️ Contribuer à la conciliation médicamenteuse.
🚨 Cet amendement discrédite la profession infirmière.
▶️ Il en fait l’exécutant d’une décision médicale et « collégiale » à laquelle elle ne participe pourtant pleinement, tout en lui laissant porter, seule, le geste fatal et son poids juridique, psychologique et moral.
🏛️ L’impasse du texte est là : à force de vouloir « désinfecter » juridiquement l’acte de tuer, le débat n’est plus centré sur le mal intrinsèque de l’euthanasie.
▶️ On finit par désigner, amendement après amendement, qui devra accomplir le geste létal et assumer la responsabilité du meurtrier.
▶️ Et la réponse, ce 23 juin, c’est l’infirmier.
❓ Une loi peut-elle prétendre encadrer dignement la fin de vie quand elle ne sait même pas, à ce stade, qui doit légalement et moralement accomplir l’acte qu’elle autorise ?
🔈 Et la cacophonie continue à l’Assemblée nationale !
🎭 La versatilité des députés :
▶️ Après avoir voté avec bon sens sur divers amendements – tout en affichant initialement leur rejet de ce projet de loi -, certains députés déposent ce texte. Il en résulte une dichotomie manifeste : cet acte contredit frontalement la position qu’ils s’étaient engagés à tenir devant les citoyens.