Fin de vie : Projet extérieur porté à l'intérieur
© Maroun BADR (PhD)
Docteur en bioéthique
Enseignant de droit civil, Faculté de Droit, UCO – Angers
Research Scholar at UNESCO Chair in Bioethics and Human Rights – Rome
Associate Researcher at Facultad de Bioética Universidad Anáhuac México
25/02/2026
Une chute libre qui dit tout
2021 : 75,6 % Convention citoyenne
2023 : 79,7 % PJL interrompu
2024 : 64,1 % 1er article du texte
2025 : 54,4 % 1ère lecture
28/02/2026 : Rejet du texte par le Sénat
25/02/2026 : 53,2 % 2ème lecture
En cinq ans, le soutien s’est effondré de 26,5 points
La connaissance du texte nuit à son adhésion: c’est l’exact inverse d’une loi qui convainc
Une coalition arithmétique, pas un consensus républicain
Sur 577 députés, 299 ont voté pour (51,8 %)
37 se sont abstenus pour esquiver la responsabilité
Ce n’est pas un élan: c’est une addition entre LFI, les Socialistes, les Écologistes et une fraction macroniste, incapable de rassembler une majorité solide sur un texte qui engage la vie humaine
Le moteur idéologique : l’ADMD et Falorni
O. Falorni, rapporteur général, membre du comité d’honneur de l’ADMD, l’assume: Je ne lâcherai jamais, jusqu’à ce que le texte soit adopté
Les partisans ont monopolisé les plateaux, reléguant soignants, associations de handicapés, et philosophes à la portion congrue
On a l’impression que ce n’est plus de la législation, c’est un combat associatif et sociétal extérieur porté à l’intérieur du Parlement
Des députés qui ont retourné leur veste
Des dizaines de parlementaires ayant voté pour ont refusé de soutenir le texte en deuxième lecture
Ce n’est pas l’opposition qui a faibli: c’est le camp du oui qui s’est effrité au fil des auditions, des témoignages de soignants et des alertes d’associations de handicapés
Les spécialistes ignorés, les malades écartés
L’Ordre des médecins, des sociétés savantes et des associations des personnes handicapées ont objecté : critères flous, pression sur les vulnérables, absence de plan palliatif national
La France couvre moins de 50 % des besoins de #soins_palliatifs
On légifère sur la mort avant d’avoir sécurisé l’accompagnement de la vie
Le paradoxe #Alzheimer : laisser mourir ceux qu’on pourrait soigner
Une étude du Lancet Regional Health Europe* portant sur 5700 patients démontre que l’arrêt des anticholinestérasiques précipite le déclin cognitif sans bénéfice sur la survie
J.-L. Touraine s’en réjouit: son rêve se réalise
Déremboursés depuis 2018, ces médicaments bénéficient à 1,2 million de malades Alzheimer que l’État prive de traitement tout en facilitant leur mort médicalisée
Une brèche que l’histoire jugera
Les expériences belge, néerlandaise, québécoise et canadienne l’attestent
Les critères s’élargissent toujours, du grave et incurable à la souffrance psychologique, au handicap, voire à la pauvreté
Adoptée à 53,2 %, avec des soins palliatifs déficients et un agenda militant assumé, cette loi trahit un combat associatif plus qu’une volonté législative mûrie
L’histoire retiendra que la France a voté la mort avant d’avoir œuvré pour le soin
* Simon Lecerf et al., « Long-term effect of discontinuing anticholinesterase treatment on cognitive decline and mortality in Alzheimer’s disease in France: a quasi-experiment and target trial emulation study », The Lancet Regional Health – Europe, Volume 62, 101607, March 2026, https://www.thelancet.com/journals/lanepe/article/PIIS2666-7762(26)00019-0/fulltext